NIEMEYER (O.)


NIEMEYER (O.)
NIEMEYER (O.)

Le brusque essor de l’architecture brésilienne depuis 1936 et la place de choix qu’elle occupe désormais dans le panorama mondial sont dus pour une bonne part à la personnalité exceptionnelle et à la puissante imagination plastique de Niemeyer. La renommée de ce dernier sur le plan international a toutefois tendance à rejeter dans l’ombre l’action et les réalisations d’autres architectes (Lucio Costa, Alfonso Eduardo Reidy, les frères Roberto, Vilanova Artigas...) qui ont, eux aussi, contribué à l’éclosion ou au développement en profondeur d’un mouvement aux multiples ramifications qui constitue une des grandes fiertés du Brésil. Cette éclipse d’indéniables talents au profit d’une figure dominante est quelque peu regrettable, car elle limite par trop la richesse et la variété des créations architecturales brésiliennes, mais la réputation de Niemeyer n’est pas usurpée: il a joué un rôle décisif dans son pays et son influence a rapidement dépassé ce cadre pourtant vaste pour faire de lui un des noms les plus en vue de l’architecture contemporaine. On ne s’étonnera pas que l’orientation de son œuvre ait donné lieu à de vives controverses et à des prises de position passionnées: admiré pour son génie de l’invention formelle, il se vit souvent reprocher un manque de considération pour la solution des problèmes d’ordre fonctionnel; il déclencha enfin l’ire de quelques théoriciens dont les conceptions étaient à l’opposé des siennes.

Un disciple de Le Corbusier

Oscar Niemeyer Soares Filho est né à Rio de Janeiro en 1907; il fit ses études à l’École nationale des beaux-arts de sa ville natale et y obtint son diplôme d’architecte en 1934. L’enseignement délivré dans cette institution, fondée au siècle précédent sur le modèle de l’École des beaux-arts de Paris, était traditionnel. Un vent de renouveau y avait pourtant soufflé en 1931, pendant une courte période de sept mois, lorsque Lucio Costa, alors âgé de vingt-huit ans, en avait été nommé directeur, après la révolution de novembre 1930. L’augmentation du corps professoral par le recrutement de jeunes contractuels d’avant-garde et l’organisation d’une double filière de cours, dont le choix était laissé aux étudiants, avaient bouleversé structures et habitudes. L’adhésion enthousiaste des élèves ne faiblit pas avec l’échec rapide de la tentative et la reprise en main de l’École par les professeurs titulaires; si les résultats pratiques de la grève qui suivit le renvoi de Costa se révélèrent minces sur le plan officiel, un nouvel état d’esprit était né et les partisans convaincus d’une architecture «moderne» se regroupèrent autour du directeur évincé pour étudier l’œuvre de Le Corbusier, considéré comme le livre sacré de l’architecture depuis le rapide séjour et les conférences de ce dernier à Rio de Janeiro en 1929. C’est ainsi qu’avant même d’obtenir son diplôme et par souci de compléter sa formation théorique et pratique Niemeyer entra comme dessinateur bénévole dans le cabinet de Costa. L’opération allait rapidement se révéler bénéfique, car ce fut grâce à elle que Niemeyer se trouva finalement incorporé dans l’équipe chargée d’établir les plans du ministère de l’Éducation et de la Santé (devenu palais de la Culture).

Cet ouvrage, projeté et construit à Rio de Janeiro de 1936 à 1943, a constitué un véritable point de départ pour l’architecture contemporaine locale. Il a permis un contact direct des membres, du groupe brésilien (Costa, Reidy, Moreira, Leão, Vasconcellos et Niemeyer) avec Le Corbusier, appelé comme architecte-conseil. Les trois semaines de travail intensif sous la direction du maître admiré (juillet-août 1936) suffirent à transformer la méthode et l’état d’esprit des disciples, dont la timidité se dissipa brusquement; ils comprirent alors que la fidélité inconditionnelle au style international austère des années 1920-1930, qui bridait leurs capacités, n’était plus de mise; la découverte de l’importance décisive accordée par Le Corbusier aux problèmes formels fut pour tous, mais surtout pour Niemeyer, une révélation. Partie d’une des esquisses de Le Corbusier, l’équipe brésilienne réalisa une œuvre très différente de celle proposée par le dessin initial tout en en conservant les divers éléments. L’originalité de la création finale provenait d’un certain dynamisme dû à une succession d’oppositions (façades, volumes), de la légèreté de la composition et de la richesse décorative de l’ensemble (fresque et mosaïques de Portinari, sculptures de Lipchitz et Giorgi, jardins de Burle Marx). Le retentissement de cette œuvre fut immense et contribua de façon décisive au succès de la nouvelle architecture au Brésil.

Un créateur de formes

L’ascension de Niemeyer fut extrêmement rapide; il la dut en partie à l’aide dévouée que lui apporta Costa, dès que celui-ci fut persuadé du talent de son jeune collaborateur. Costa n’hésita pas en effet à s’effacer à diverses reprises pour fournir à Niemeyer des occasions de s’affirmer: refus du premier prix décerné lors du concours pour le pavillon du Brésil à l’Exposition internationale de New York en 1939 et élaboration en commun d’un nouveau projet; abandon en 1940 de la direction du groupe d’architectes responsables du ministère de l’Éducation pour permettre à Niemeyer d’assumer cette charge; choix de ce dernier pour construire le «Grand Hôtel» d’Ouro Preto (1938-1940), alors que les fonctions de Costa au service des Monuments historiques créé en 1937 et les servitudes imposées par cette ville-musée du XVIIIe siècle semblaient logiquement le désigner pour cette tâche.

La grande chance de Niemeyer fut cependant de ce voir offrir de 1941 à 1944 par le maire de Belo Horizonte, Juscelino Kubitschek, la construction d’une série de monuments de prestige destinés à lancer une vaste opération immobilière dans le futur quartier de Pampulha, situé hors de la ville. Le programme, qui comprenait un casino, un club nautique, un restaurant populaire, un hôtel (non réalisé) et une chapelle, convenait particulièrement bien à Niemeyer du fait de l’absence de contraintes. L’absolue liberté dont il disposait lui permit de créer des bâtiments originaux, d’autant plus impressionnants qu’ils restèrent isolés au bord d’un lac artificiel puisque les lotissements prévus ne furent pas construits. Cette entreprise marqua également le début d’une entente profonde entre l’homme politique ambitieux, passionné de construction, et l’architecte plein d’imagination. La rencontre ne devait cesser de porter ses fruits, tout au long de la carrière de l’un et de l’autre, aboutissant à l’apogée de Brasília. Niemeyer lui rend hommage avec le mémorial J. Kubitschek (1980-1981).

Bien que se réclamant officiellement du mouvement rationaliste, Niemeyer ne tarda pas à faire porter l’essentiel de ses recherches sur l’aspect formel de la composition. Estimant que l’architecture de XXe siècle ne serait digne de ce nom que si elle savait exploiter la plasticité de matériaux nouveaux et notamment la malléabilité du béton armé, il s’attacha à mettre au point des structures capables de valoriser l’esthétique des bâtiments (pilotis en V, arcs, voûtes, rampes), il inventa des volumes neufs ou procéda par combinaison d’éléments simples empruntés à un vaste répertoire dont la source fut souvent l’œuvre de Le Corbusier. Les commandes affluèrent à Rio de Janeiro (Banque Boa Vista, 1946) dans l’État de São Paulo (Centre technique aéronautique de São José dos Campos, 1947; ensemble du parc d’Ibirapuera à São Paulo, 1951-1954) ou dans celui de Minas Gerais dont Kubitschek fut gouverneur pendant quatre ans (hôtel, école et club de Diamantina, 1950-1951; lycée de Belo Horizonte, 1954). L’emploi fréquent des courbes a frappé bien des critiques qui y ont vu une tendance néo-baroque, mais cette opinion est discutable: malgré quelques caprices comme l’utilisation de la forme libre pour le dessin de sa propre maison à Rio de Janeiro (1953-1954) et un dynamisme contenu, l’architecture de Niemeyer est restée marquée par la clarté et l’équilibre.

L’architecte de Brasília

L’année 1954 constitua un tournant dans l’œuvre de Niemeyer. Venu pour la première fois en Europe, qu’il parcourut longuement, l’architecte révisa son jugement sur les styles du passé, qu’il avait jusque-là considérés comme incapables d’apporter une contribution à l’architecture contemporaine; il comprit la signification de ces créations en tant que symbole d’une civilisation et la valeur permanente de leur beauté opposée au caractère transitoire des facteurs fonctionnels et utilitaires. Il s’attacha désormais à épurer son style, à le dépouiller de tout excès de fantaisie, à lui donner un caractère permanent de grandeur monumentale. L’accession de Kubitschek à la présidence de la République et la fondation de la nouvelle capitale, Brasília, furent pour lui l’occasion rêvée. S’il refusa de tracer le plan de la ville qui échut après concours à Lucio Costa, Niemeyer accepta la charge de construire la plupart des édifices publics et notamment ceux de l’axe monumental tracé par Costa. Il fut également l’architecte de l’ensemble des immeubles d’habitation d’une des unités résidentielles de l’aile sud de l’agglomération. Si certaines réserves peuvent être faites quant à l’agencement pratique de ces derniers bâtiments, la réussite plastique des premiers est indéniable. Leur architecture symbolique allie distinction et élégance, audace et nouveauté, puissance et légèreté. Le retour au vieux principe méditerranéen de l’édifice à portique pour la plupart des palais officiels a donné des résultats remarquables, démontrant tout le parti qu’on pouvait tirer des monuments du passé tout en restant typiquement de son époque. La variété des solutions trouvées dans les ouvrages de Brasília n’altère en rien l’unité profonde qui se dégage de la ville entière. La parfaite conjonction du plan de Costa et de l’architecture de Niemeyer ont abouti à la plus belle réalisation de l’urbanisme du XXe siècle.

Le coup d’État militaire de 1964 le contraint à l’exil, il vit de 1967 à 1972 à Paris. Son audience internationale a considérablement augmenté et il est l’auteur de projets pour des pays multiples: Algérie, Ghana, Liban, Israël (l’université d’Haïfa), Italie (siège des éditions Mondadori à Segrate, 1968-1975) et naturellement la France (siège du Parti communiste à Paris, 1965-1980, et maison de la culture au Havre, 1972-1982). On a souvent opposé ses idées progressistes et le fait que ses grandes réussites aient été obtenues dans des programmes monumentaux qui n’avaient aucun caractère social; Niemeyer a répliqué que la tâche de l’architecte consistait à construire ce qu’on lui demandait et qu’il ne pouvait renoncer à travailler parce qu’il ne vivait pas dans un régime qui lui aurait confié les commandes désirées. Cette réponse est probablement un alibi; Niemeyer s’est en effet révélé comme un artiste donnant toute sa mesure lorsqu’il ne se trouvait pas en face de contraintes astreignantes. Sa contribution décisive à la civilisation de notre temps a été de rappeler avec éclat que l’architecture n’était pas seulement une création utilitaire, mais aussi un art de signification majeure, dont l’expression ne devait pas être systématiquement brimée.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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